Le 27 mars 2026, l’association qui salarie les infirmières Asalée a été placée en redressement judiciaire. Ce que ça change, concrètement, pour une équipe qui en accueille une — et ce qui ne change pas.

Article écrit le 9 avril 2026
La situation de l’association Asalée est en cours d’évolution, treize jours après son placement en redressement judiciaire. Pour l’état le plus à jour, référez-vous directement aux sources officielles citées en bas de cet article.
Le 27 mars 2026, l’association qui salarie les infirmières déléguées à la santé publique du dispositif Asalée a été placée en redressement judiciaire. Si une infirmière Asalée intervient chez vous, vous avez sans doute des questions simples et sans réponse claire : qui la paie, ce que vous pouvez faire, à qui vous adresser. Voici ce qu’on sait, factuellement, à cette date.
Un lundi matin, début avril, quelque part en France. Avant le premier rendez-vous de la journée, l’infirmière Asalée de l’équipe prend la coordinatrice à part, dans la salle de pause encore silencieuse. Elle n’a pas été payée depuis février. Elle ne sait pas si elle doit continuer à venir, ni jusqu’à quand, ni ce qu’elle doit répondre aux patients qu’elle suit depuis trois ans pour leur diabète.
La coordinatrice non plus ne sait pas. Elle appelle le numéro générique de l’association, tombe sur un répondeur. Elle cherche « Asalée redressement judiciaire » sur son téléphone, entre deux consultations. Cette scène, avec des variantes, s’est rejouée ces dernières semaines dans plusieurs centaines de cabinets et maisons de santé.
Le dispositif existe depuis plus de vingt ans. Une infirmière déléguée à la santé publique (IDSP) intervient auprès des patients d’un ou plusieurs médecins généralistes, sur la base d’un protocole de coopération validé par la Haute Autorité de Santé. Concrètement, elle prend en charge le suivi de quatre situations : le diabète de type 2, le risque cardiovasculaire, le repérage des troubles cognitifs chez la personne âgée, et l’accompagnement au sevrage tabagique associé à la BPCO.
Ce suivi ne remplace pas la consultation médicale, il la prolonge : des rendez-vous dédiés, centrés sur l’éducation du patient à sa maladie. Le médecin garde la main sur le diagnostic et la décision thérapeutique ; l’infirmière suit, mesure, explique, alerte si besoin. Le dispositif s’appuie sur plus de 2 000 infirmières et infirmiers, pour un suivi qui concernerait plus de 300 000 patients selon les chiffres cités devant le Sénat.
L’association Asalée est financée par l’Assurance Maladie à hauteur d’environ 100 millions d’euros par an, quasiment son unique source de revenus depuis 2015. Voici la chronologie telle qu’elle est établie à ce jour.
L’Inspection générale des affaires sociales publie son contrôle de la gestion et du déploiement du dispositif. Elle relève des dysfonctionnements de pilotage et des irrégularités dans la mise en œuvre des conventions, et formule 38 recommandations.
Il demande que le dispositif se conforme aux recommandations de l’IGAS, tout en insistant pour qu’il puisse se poursuivre — pour les plus de 2 000 infirmières concernées comme pour la continuité de suivi des patients chroniques.
Constatant que les recommandations prioritaires n’ont pas été mises en œuvre, l’Assurance Maladie suspend ses versements et n’engage pas le renouvellement de la convention.
Une dette sociale de 4,2 millions d’euros auprès de l’URSSAF est constatée. Début mars, l’association se déclare en cessation de paiements.
Le tribunal des activités économiques de Paris place l’association en redressement judiciaire, écarte sa gouvernance et nomme deux administrateurs judiciaires. Le versement des salaires en retard peut s’organiser via l’AGS, qui garantit les salaires.
Le point le plus utile à avoir en tête, et le moins souvent expliqué : une infirmière Asalée n’est pas salariée de votre structure. Elle est salariée de l’association, qui la met à disposition de votre équipe. Vous n’êtes ni son employeur, ni celui qui décide de son financement — vous n’avez donc pas la main sur sa paie, et aucune responsabilité dans la situation actuelle. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire de votre côté.
| Ce qui ne dépend pas de vous | Ce qui dépend de vous |
|---|---|
| Sa paie et le versement de ses arriérés de salaire | Le lien humain au quotidien, la considérer pleinement comme un membre de l’équipe |
| Le financement, la gestion et la dette de l’association | La continuité de suivi de vos patients déjà engagés avec elle dans un parcours |
| L’issue de la procédure judiciaire et son calendrier | Sa place dans vos réunions d’équipe et vos transmissions, comme avant |
| Les décisions de l’Assurance Maladie ou du ministère | L’accès à un bureau, aux dossiers partagés et aux outils dont elle a besoin si elle continue d’exercer chez vous |
« On lui a dit qu’elle restait la bienvenue tant qu’elle voulait continuer à venir, que ça ne changeait rien à sa place dans l’équipe. Pour le reste, on lui a dit honnêtement qu’on n’en savait pas plus qu’elle. »
— Une sage-femme, MSP de deux sites, Corrèze
La délégation de tâches sur protocole de coopération ne se limite pas à Asalée : le cadre légal existe indépendamment de l’association, et d’autres protocoles, construits par vos propres équipes, restent possibles. L’exercice infirmier en pratique avancée (IPA) est une autre voie, distincte, avec son propre diplôme et son propre cadre d’exercice.
Ce ne sont pas des solutions de remplacement pour la semaine prochaine — construire un protocole ou accueillir une IPA prend du temps, parfois des mois. Mais ce sont des chemins réels, qui ne dépendent pas du sort d’une association en particulier. Si votre équipe y réfléchissait déjà, rien de ce qui s’est passé n’en change l’intérêt — seulement le chemin pour y arriver.
Un redressement judiciaire peut déboucher sur plusieurs issues : un plan de continuation, une reprise par un autre porteur, ou une liquidation si aucune solution ne se dégage. Treize jours après l’ouverture de la procédure, aucune de ces issues n’est arbitrée. Le ministère a évoqué une « refondation » du dispositif, sans en préciser ni le calendrier ni la forme. On ne sait donc pas, à cette date, si votre infirmière continuera dans les mêmes conditions, sous un autre statut, ou pas du tout. Le plus fiable reste de suivre les sources officielles.
Ce que les patients suivis pour leur diabète ou leur tension retiendront de tout ça, ce n’est ni un rapport de l’IGAS ni une procédure au tribunal. C’est si la personne qui les accompagne depuis des mois est toujours là au prochain rendez-vous. C’est à cette question-là, la plus simple, que chaque équipe peut répondre dès maintenant, sans attendre que le reste se décante.
Au-delà de l’actualité, la question de fond reste entière : comment structurer un suivi de santé publique — dépistage, éducation thérapeutique, repérage — quel que soit le sort d’un dispositif en particulier.
Lire la leçon « Les missions de santé publique »
Lire la leçon « Les protocoles pluriprofessionnels : peu, mais utilisés »
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