Une IA peut transcrire une RCP, distinguer les voix et sortir une trame en quelques minutes. Elle ne décidera jamais ce qui mérite d’être écrit, ni ne signera le compte rendu à votre place.

Jeudi dernier, je réécoutais une transcription de RCP avec l’équipe qui l’avait enregistrée. À la douzième minute, la machine attribue une phrase au mauvais médecin — c’était en réalité l’infirmière, en bout de table, dont la voix était couverte par le bruit du radiateur. Rien de grave : c’est justement pour ça qu’on relit avant de valider. Mais ça résume assez bien ce qu’une intelligence artificielle fait, et ne fait pas, dans une réunion de concertation.
Techniquement, il ne se passe rien de mystérieux. Un modèle transforme le son en texte. Un second repère qui parle, et quand. Un troisième range tout ça dans une trame : situation, objectif, actions, responsables. Trois étapes, dans cet ordre, sans magie.
Ce que ça change en pratique tient en une phrase : plus personne ne prend de notes. Celui ou celle qui tenait le clavier pendant que les autres discutaient — souvent la même personne, réunion après réunion — peut enfin dire ce qu’elle pense du patient, plutôt que de retranscrire ce que pensent les autres. Ça paraît petit. Sur une équipe de six, ça fait un sixième de cerveau en plus dans la pièce.
L’autre chose que la machine fait bien, c’est distinguer les voix. Sur un enregistrement à six ou huit personnes, savoir qui a dit quoi n’a rien d’évident — même à l’oreille, en réécoute, on hésite parfois. Et la trame arrive vite : quelques minutes après la fin de la réunion, pas le dimanche soir suivant, sur un coin de table, avec la moitié des décisions déjà oubliées.
| Ce que la machine fait | Ce qui reste à vous |
|---|---|
| Transcrire chaque mot prononcé, sans fatigue et sans trou de mémoire. | Décider ce qui mérite d’être écrit — et ce qui doit rester dans la salle. |
| Distinguer qui parle, y compris sur un enregistrement à huit voix. | Comprendre pourquoi untel s’est tu à ce moment précis. |
| Produire une trame structurée en quelques minutes. | La relire, la corriger, et l’assumer. |
| Repérer qu’une phrase du type « je m’en occupe » a été prononcée. | Vérifier que l’action est réaliste et que la bonne personne l’a acceptée. |
| Pseudonymiser les patients (« Patient 1 », « Patient 2 »). | Trancher un désaccord entre deux avis professionnels. |
| Ranger le document, daté, dans le dossier de la réunion. | Signer, valider, en répondre si on vous le demande un jour. |
La colonne de droite, dans ce tableau, ne raccourcira pas. Ce n’est pas une limite technique qu’un modèle plus gros résoudra dans deux ans : c’est une limite de nature. Une machine transcrit ce qui a été dit. Elle ne sait pas qu’un silence de quatre secondes, après une question posée à quelqu’un sur sa charge de travail, en dit parfois plus long que la phrase qui suit.
Trancher un désaccord entre deux professionnels ne se délègue pas davantage. Si le médecin et le kiné ne sont pas d’accord sur le rythme d’une rééducation, l’IA transcrira les deux avis, fidèlement, et s’arrêtera là. Très bien, d’ailleurs : ce n’est pas à elle de décider.
« Une IA de transcription entend tout ce qui se dit dans une pièce. Elle ne sait toujours pas ce qui compte. Ça reste, et pour longtemps, votre travail. »
— Johan
Et un compte rendu de RCP, une fois rédigé, engage quelqu’un — pas un modèle de langage hébergé quelque part. Un humain qui l’a relu, qui a vérifié que rien n’a été mal compris, et qui accepte que ce texte porte son nom.
C’est le point sur lequel je ne transigerais pas, même si l’outil était parfait. Une RCP parle de patients réels, de leur situation, parfois de détails sociaux ou familiaux qui n’ont rien à faire ailleurs que dans cette pièce. Que la transcription soit automatique ou tapée à la main ne change rien à cette nature : le compte rendu reste une donnée de santé, à protéger comme telle.
Dans le texte, les patients sont désignés par une étiquette neutre — « Patient 1 », « Patient 2 » — jamais par leur nom. C’est une pseudonymisation, pas une anonymisation : dans une équipe qui connaît sa patientèle, le contexte suffit souvent à deviner de qui l’on parle.
Un fichier audio de réunion n’est pas un fichier comme un autre. L’hébergeur qui traite le son et le texte doit être certifié HDS — une obligation légale, pas une option marketing. Toute personne présente ce jour-là, y compris un remplaçant ou un invité extérieur, doit savoir que la réunion est enregistrée. Et l’audio brut n’a aucune raison de traîner une fois le compte rendu produit : il doit être supprimé, que le traitement ait réussi ou échoué.
La CNIL travaille avec la Haute Autorité de Santé sur un guide dédié à l’IA en contexte de soins, en consultation publique jusqu’à la mi-avril. On y verra plus clair une fois qu’il sera stabilisé — en attendant, les règles de base restent celles du RGPD et du secret médical, qui n’ont pas bougé.
Peu importe l’éditeur, trois questions suffisent à savoir si l’outil est sérieux.
Le prestataire doit être certifié HDS. Si la réponse est floue, inutile d’aller plus loin.
Il doit être supprimé une fois le compte rendu produit, pas archivé « au cas où ».
Si la réponse est « personne, c’est automatique », changez d’outil.
Chez SisaFlow, c’est à ces trois questions qu’on essaie de répondre correctement : hébergement certifié, audio supprimé dès la fin du traitement — qu’il réussisse ou échoue. Rien n’est rangé dans le dossier avant qu’un humain l’ait relu. Ce n’est pas un argument de vente : c’est le minimum que n’importe quel éditeur sérieux devrait pouvoir garantir.
Ce billet parle de l’enregistrement. La préparation et l’animation d’une RCP, elles, ne dépendent d’aucun outil : une situation résumée en trois lignes avant la réunion, une question précise posée à l’équipe, un point de suivi des décisions à la séance suivante. C’est le sujet de la leçon dans l’Académie SisaFlow.
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